Vérité, Tradition, et médias

Publié le 04/05/2017 par L'équipe (Actualité, Société)

Sarah M.
Sarah M.

Qu’est-ce que « le fait » journalistique et quelle position la sagesse nous invite à adopter face à l’appareil médiatique qui influe et pèse de plus en plus lourd sur l’opinion dans notre société ? Cette réflexion replace les concepts liés à l’exercice journalistique et plus largement à ceux de l’acquisition de l’information et de la connaissance dans un cadre sain ; c’est à dire, au regard des textes et de La Tradition. Dans cet article que nous avons le plaisir de relayer sur notre site, l’auteur* qui exerce dans le champ de la spiritualité, de la philosophie et de La Tradition, montre une fois de plus de quelle façon les outils théologiques issus de La Tradition peuvent nous permettre une réflexion sur le monde actuel. Ils permettent face aux questions d’ordre sociétal, l’émergence de solutions ou de pistes en accord avec les principes fondamentaux et ontologiques de l’individu.

«L’homme moderne n’a guère que les journaux pour nourriture de son esprit : il n’y trouve que ce qui doit fuir une pensée qui a des égards pour soi-même. Quelle époque que celle-ci où tous les serpents de l’univers se mordent la queue!» Paul Valéry

«Nous n’avons pas à acquérir l’humilité. L’humilité est en nous. Seulement, nous nous humilions devant de faux dieux.» Simone Weil

Les traditions spirituelles authentiques se rejoignent sur l’idée que la Vérité est une et qu’ipso facto cette Vérité ne peut être qu’absolue.

Affirmer cela ne veut pas dire pour autant que la Vérité, en tant que Réalité Universelle, était perceptible par tous dans les civilisations traditionnelles, mais plutôt que, malgré les degrés de perceptions qui étaient différents selon les individus et leur cheminement spirituel, chacun y participait consciemment ou inconsciemment, ne serait-ce qu’en l’admettant.

L’intelligence, dans son sens plénier, était donc d’accéder à la connaissance de l’Unique Vérité à travers la totalité de son être : esprit, corps et âme. C’est en ce sens que les prophètes sont considérés dans la tradition musulmane, comme des êtres d’une intelligence hors norme.

Par ailleurs, nous tenons à préciser que lorsque nous parlons de Vérité, nous parlons de Dieu. Dieu est le Vrai ou la Vérité (Al Haqq) par excellence, qui est dans la Tradition islamique un de Ses noms.

Néanmoins, la philosophie moderne a, dans le domaine de la connaissance, mis en avant l’esprit «scientifique» en l’opposant à ce qu’elle nomme «les mythes religieux» des sociétés traditionnelles, qui seraient a priori fondés sur des faits historiques peu vérifiables, voire inventés.

L’esprit prétendument «scientifique» de la pensée moderne est, en soi, un esprit d’analyse de découpage, mais jamais de synthèse, ce qui reflète parfaitement l’idéologie matérialiste qui l’habite.

Nous disons «matérialiste», car la matière est par essence multiple, disparate. Ainsi, toute méthode épistémologique qui la considère comme une fin en soi ne peut conduire qu’à une relativité constante. Dit autrement : aucune vérité immuable ne peut être atteinte par cette méthodologie. L’on ne peut aboutir qu’à de prétendues «vérités relatives».

En outre, si nous avons pris le soin d’éclaircir ces deux manières d’aborder la question de la connaissance, c’est pour mettre en avant une chose : l’impossibilité du monde moderne de juger des traditions spirituelles. Nous ne prétendons pas cependant que les adeptes de la pensée relativiste ont tort d’essayer, mais tout simplement qu’au vu des méthodes et des «habitudes mentales» qui sont les leurs, et qui sont inhérentes à notre cycle historique, il leur est impossible d’accéder au sens de ces choses qui les dépassent.

Bien que le bon sens voudrait qu’on ne se prononce que sur ce que l’on est en mesure de saisir, la spiritualité demeure malgré tout un questionnement central de notre siècle et notamment pour ce qu’il est courant d’appeler «les médias».

Ces derniers prétendent à l’explication du monde par ce qu’il est commun d’appeler «les faits». Il ne s’agira aucunement pour nous de mettre en doute la véracité de ce que les journalistes, ou autres sociologues disent de ce qu’ils nomment le «fait religieux» ni de remettre en question leur «honnêteté». Ces questions demeurent pour nous éminemment secondaires.

Par ailleurs, il convient de rappeler un élément essentiel sur l’idée de la preuve «factuelle», à savoir qu’un fait ne prouve rien en soi. En effet, toute information concernant un événement qui se produit est transmise par quelqu’un, et bien que la personne ait assisté aux événements, elle n’en demeure pas moins humaine. Ce qu’elle nous rapportera des événements dépendra, en partie, de ce qu’elle est ontologiquement.

Autrement dit, il peut y avoir pour un seul élément de la manifestation universelle plusieurs interprétations possibles, ou, disons-le de manière plus explicite, plusieurs «points de vue», dont la véracité dépend de qualités principalement d’ordre spirituel. Or, cet élément dans la conception matérialiste de la «connaissance», qui est celle de notre époque, est inexistant.

La pensée contemporaine, en plus de nier la donnée «spirituelle», a prétendu orgueilleusement se passer des Révélations venant du Ciel. Ces révélations adoptent, du fait qu’elles proviennent de Dieu, naturellement le «point de vue» le plus haut, réduisant ainsi, par cette démarche, l’intelligence à la seule raison discursive.

Nous disons «orgueilleusement», car c’est bien par ce défaut que la civilisation moderne pêche. Il n’est certainement pas pire défaut pour le genre humain que celui-ci, car comme nous le rappelle une parole prophétique : «(…) L’orgueil est le fait de rejeter la vérité et de mépriser les gens.» [Muslim] Aussi, ce qui vaut à l’échelle individuelle vaut également à l’échelle d’une civilisation.

On pourrait objecter à cela que les sociétés traditionnelles, ou les âmes qui ont incarné cette Tradition, furent également «orgueilleuses» ou «prétentieuses» en prétendant à la «Vérité», mais il n’en est rien. L’orgueil ne doit pas être confondu avec la fierté, sentiment noble et qui anime, entre autres choses, les Traditions spirituelles : la fierté c’est savoir précisément la place qui est la nôtre, et refuser de ce fait de «s’humilier» devant ce qui se situe en dessous. Alors que l’orgueil, c’est prétendre à un rang qui n’est pas le nôtre et refuser d’admettre la vérité quand elle remettrait en cause ce «prétendu degré».

Admettre cela apparait aujourd’hui comme «étrange» et force est de constater que l’idée de tolérance, si chère au monde libéral, n’est en réalité qu’un vœu pieux. Car après plus de deux siècles d’existence, son effort de mondialisation n’a laissé aucun endroit à la surface du globe qui échappe au culte de l’argent Roi. Pas un endroit où l’Esprit serait considéré comme supérieur à la matière.

Le monde moderne est un enfant gâté qui a prétendu faire fi des conseils de ses ainés. Dans son culte voué à la sphère économique, il mène l’humanité vers une catastrophe climatique, économique, spirituelle, désormais évidente pour plus d’un.

Nous savons que ceci est la marche inhérente à notre temps cyclique, que tout ce qui doit arriver arrivera, et qu’il ne saurait en être autrement. Cependant, nous ne pouvons que blâmer ceux à travers qui l’incompréhension de ce qu’est une spiritualité, la division et in extenso la haine arrive.

Car comme le disent les évangiles «Malheur au monde à cause des scandales! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’Homme par qui le scandale arrive!» (Matthieu 18:7)

Les informations ont donc, outre leur aspect quantitatif, un pendant qualitatif. De ce fait, certaines informations sont de facto plus essentielles que d’autres. Savoir, par exemple, que nous sommes mortels est une information primordiale à tout changement intérieur, et in extenso au changement de toute société humaine.

Mais les médias nous abreuvent quotidiennement, et à une cadence frénétique, d’informations inutiles, et parfois même néfastes pour ce qu’il convient d’appeler notre âme.

Nous tenons, en guise de conclusion, tout simplement à rappeler une évidence qui n’apparait plus aussi clairement à ceux qui se sont engagés sur une Voie spirituelle : Dieu n’est pas une idée que l’on défend lors de creux débats.

Dieu est, bien au-delà du temps et de la matière, l’Unique Réalité maintenant l’existence de l’Univers.

Eu égard à cela, il convient à tout être animé par un appel intérieur à la Transcendance, de ne pas s’éparpiller dans de vaines polémiques qui ne permettront jamais d’arriver à une quelconque hauteur. Mais plutôt de travailler, en silence, à s’unifier intérieurement et s’orienter pleinement vers Celui qui Est.

Alors, et seulement alors, les illusions qui peuplent ce monde disparaitront d’elles-mêmes, car les elles ne sauraient exister sans ceux qui, par erreur ou parfois haine du Vrai, leur accordent un quelconque crédit.

 

Et Dieu est plus savant!

 

Salim B.

*Salim B. s’est consacré à l’étude de la doctrine traditionnelle qu’il a notamment découvert à travers les traditions asiatiques. Grand lecteur d’Al Ghazali, et des auteurs de la Tradition (René Guenon, Martin Lings...) il a également approfondi ses connaissances dans le domaine des sciences religieuses, de la spiritualité et de la philosophie.

 

 


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