Iqad al-Himam : Sagesse 111

Publié le 07/07/2018 0

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Seul l'ignorant dédaigne l'effort spirituel quotidien (wird). Les suggestions divines (warid) quant à elles on les retrouve aussi dans l'au-delà. L'effort spirituel sera clôturé tout comme ce bas-monde. Il (Dieu) attend de toi l'effort spirituel constant, et tu attends de Lui l'inspiration divine. Il faut donc dans un premier temps s'occuper soigneusement de ce qui est voué à disparaître. Comment peut-on comparer ce qu'Il attend de toi à ce que tu attends de Lui ?

Je dis :

Le « wird » en langue arabe c’est la boisson, et l’abreuvoir : Dieu utilise ce mot dans le coran (ndt Dans la sourate 11 pour parler de pharaon et de ses notables): « mais quel détestable abreuvoir ! ». Dans le langage de la spiritualité, le « wird » signifie tous les programmes d’adorations et d’invocation que le serviteur s’impose à lui-même ou qui sont donnés par le maître.

« Al warid » peut signifier dans la langue arabe l’astre nocturne (ndt Sourate du coran), ou ce qui est prééternel. Dans le lexique de la spiritualité cela désigne ce que le Vrai, Très-Haut Soit-Il, suggère dans le cœur de Ses amis comme inspirations divines. Il dispose pour cela d’une puissance qui le fait mouvoir (pour appliquer ses inspirations) qui pourrait peut-être même étonner le détenteur, ou l’occulter à ses propres sens. Le « warid » arrive soudainement et ne reste pas longtemps sur la personne qui le reçoit.

Le « wird » se divise en trois : le « wird » des ascètes appliqués, le « wird » des itinérants parmi les gens du cheminement, et le « wird » des gens qui sont parvenus chez les connaisseurs.

Le « wird » des ascètes est d’être plongé tout le temps dans diverses adorations. Leurs adorations sont l’évocation de Dieu, les invocations, les prières et le jeune. Ils évoquent Dieu au lever, lorsqu’ils mangent, ainsi que le matin et de la nuit suivant les prescriptions en vigueur. Ils évoquent Dieu également à chaque circonstance qui se présente selon les recommandations.

Le « dhikr » du cheminant est de sortir des préoccupations, des discordes, d’abandonner toutes les attaches et surmonter les obstacles. Le « dhikr » du cheminant est aussi de purifier son cœur des défauts et des vices, de l’embellir par la vertu après l’avoir vidé de tout vice. Son adoration n’est qu’un seul « dhikr » qui lui est enseigné par le maître, il n’en rajoute pas plus. Il essaye de mobiliser son cœur et d’être présent avec son Seigneur.

Le « dhikr » de ceux qui sont parvenus à la fin du cheminement est de déchoir les passions et d’aimer leur Maître. Leur adoration est réflexion et vision, tout en étant reclus dans la présence divine. Ils s’attellent à appliquer tous les actes d’adoration (wird) quotidiens auxquels leur maître les avait astreints, sans dépasser le cadre prescrit. Il ne dédaigne pas les autres. Le connaissant ne méprise rien du tout. Il s’adapte en agissant et en traitant chaque personne selon sa station spirituelle, et agit pour chaque chose à l’endroit et au moment opportun.

Seuls un ignorant ou un opposant dédaignent le « wird » et demandent l’inspiration. Comment mépriser le « wird » alors que cela vient du Roi, Celui qui est digne d’être adoré ? Le fruit et les récompenses du « wird » sont dans l’au-delà. Le « warid » (inspiration) que tu demandes est inhérente à ce bas-monde et se ferme (ndt comme un livre), le Très- Haut a dit : « Tel est le Paradis qui vous sera donné en héritage pour prix de vos œuvres passées. » Il est rapporté dans un texte que Dieu aurait dit : « rentrez dans mon paradis par Ma Miséricorde et partagez-la entre vous en fonction de vos œuvres. » Ce qui est voulu par les inspirations est les fruits et les résultats qu’elle engendre telle que la certitude, l’apaisement, la satisfaction, la soumission ainsi que d’autres vertus. Si tu en obtiens les résultats (du « warid ») et que tu récoltes ses fruits, n’en sois pas dépendant, mais plutôt ne te dispense pas de Dieu. Celui qui dédaigne le « wird » et qui demande l’inspiration en devient l’esclave et l’adorateur (de l’inspiration), au lieu d’être l’adorateur de Dieu. Ne prête attention à rien d’autre que Lui, et attache-toi à exécuter ce qui t’a été confié comme fonction dans l’adoration et dans la servitude pour vraiment honorer la grandeur divine.

Il faut persister dans ce qui a été décrit précédemment et c’est grâce à cela que tu vas accéder à la satisfaction du Vivant, celui qui Subsiste par Lui-Même. La première chose dont va bénéficier la personne lorsque son existence prend fin, quand la mort survient, c’est son « wird ». Il profite de son existence dans cette demeure, mais dans l’autre, il n’y a plus d’œuvre, c’est la demeure de la récompense et des rétributions selon les œuvres. Ce bas-monde est la demeure de l’action et non des récompenses. L’autre Demeure est celle de la rétribution, il n’y a plus d’œuvres. L’homme doit profiter de sa vie avant qu’elle ne s’écoule. Le temps qui passe ne sera jamais rattrapé. Le Prophète, paix et prières soient sur lui, dit : « Si une heure s’écoule sans que le serviteur n’y invoque Dieu, il le regrettera le jour de la Résurrection ». Les invocations (dhikr) sont diverses, elles sont en fonction des états de chacun. Al Hassane a dit : « un peuple qui regrettait leurs heures perdues plus que vous regrettez les dirhams et les dinars que vous perdriez. »

Des vers poétiques disent

« La course aux dires et aux actes. Mettez en garde votre égo de ne pas regretter de laisser passer (les opportunités). »

Dans certaines paroles du Prophète (hadith) il est dit : « celui qui reste au même niveau tous les jours est dupé, celui dont le jour est pire que le précédent est damné, celui qui dont le jour n’apporte pas plus de bénéfices que le précédent a une diminution, et celui pour qui il y a diminution, la mort lui est préférable. » Le serviteur prend bien soin à s’acquitter de ce que lui demande le Vrai, Très-Haut, c’est le « wird ». Il ne faut pas que le serviteur demande l’inspiration (warid).

Le « wird » caractérise la servitude, c’est ce que le Vrai nous demande. Le « warid » est une des caractéristiques de la liberté, c’est ce que l’égo demande et aime. Comment peut-on comparer ce qu’Il nous demande et ce qu’on lui demande ? Il y a une grande différence entre les deux.

Le maître Zarrouq a dit : « La valeur entre les deux est en fonction de la différence qu’il y a dans leur particularité. Le décret divin est vrai et la condition posée par Dieu est légitime. L’alternance (entre le wird et le warid) est pour celui qui s’est affranchi. S’appliquer à faire le « wird » est préférable et plus parfait que de s’attache au « warid ». Le « wird » est une des caractéristiques de la servitude, elle ne s’interrompt pas tant que le serviteur est dans ce bas-monde. Les droits divins ne s’interrompent jamais tout comme les droits de la servitude ne s’interrompent pas. »

Naqshbandi que Dieu lui fasse miséricorde a dit : « c’est pour cela que le maître de ces lieux le Prophète n’a pas abandonné l’adoration, que les prières et les salutations soient sur lui, à tel point que ces pieds s’enflaient. On lui demanda pourquoi il faisait tous ces efforts alors que Dieu lui a pardonné les péchés (ceux de la communauté) qui l’auraient précédé et de ceux qui seraient venus sur le tard. Il répondit, que les prières et les salutations soient sur Lui, « ne serais-je pas un serviteur plein de gratitude ? » »

Le Prophète, que les prières et les salutations soient sur lui, nous a donc indiqué que la gratitude envers Ses bienfaits se traduit par une servitude totale et engendre le encore plus de bienfaits.

Le Très-Haut dit : « Si vous êtes reconnaissants, Je multiplierai pour vous Mes bienfaits ». C’est le chemin de Junayd et son groupe, il ne délaissait pas son « wird » même en période de troubles. On l’interrogera à ce propos et il répondit : « Qui plus que moi doit le faire alors que les pages de mon existence se tournent ? » Al Junayd ne délaissa jamais la servitude. Comment pourrait-il en être autrement ?

Certains lui dirent : « un groupe prétend qu’ils sont arrivés à un état où ils n’ont plus aucune obligation. » Il répondit : « Ils sont arrivés, mais en enfer. » Il dit aussi : « Ceux qui disent qu’ils n’ont plus d’obligation, il faut qu’ils sachent qu’à nos yeux, ceux qui volent et qui pratiquent la fornication sont dans un état moins grave que celui qui prononce de telles paroles. »

Il a dit vrai, car le fornicateur et le voleur ont désobéi en pratiquant la fornication et le vol, mais ils ne sont pas arrivés au point de la mécréance, alors que celui qui dit que les obligations légales sont levées a fait pénétrer de la mécréance dans la religion, comme les cheveux qui s’infiltrent dans la pâte.

Accroche-toi à l’origine et aux bases en y mordant avec tes molaires, mon frère. N’écoute pas les paroles de ceux qui puisent les réalités des livres et qui se retrouvent à dire des paroles de perversions et d’athéisme. Ils réduisent les œuvres à ce qu’ils en comprennent selon leur égo et leurs passions. Le Prophète, que la paix et les bénédictions soient sur lui, a dit : « Ne seront véritablement croyants que ceux d’entre vous qui auront pour passion ce pour quoi je suis venu. »

Le Très-Haut a dit : Dis : " Si vous aimez Dieu, suivez-moi, Dieu vous aimera ». Tu dois donc suivre le Prophète, que les prières et les salutations soient sur lui, ainsi que suivre les anciens vertueux dans les dires les actes et les états pour connaître leur station spirituelle et être avec eux. L’Homme sera avec ceux qu’il aime.

Ainsi se terminent les paroles de Naqshbandi.

Il a dit vrai, car celui qui a pris les réalités des livres ne les a pas goûtés. Celui qui se jette dans la réalité avec la science livresque va choisir la facilité et tomber dans les passions vaines. Celui qui a goûté aux réalités spirituelles a son secret préservé et caché, il agit avec fermeté et application. Son adoration est axée autour de la bienséance et la gratitude, car Dieu est le plus redevable de gratitude de manière perpétuelle. Comment renier l’intermédiaire, car sans intermédiaire (ndT wird, et le prophète Muhammad) tout ce qui en dépend disparaîtrait.

Abou Hassane Darraj a dit : « Al Junayd a évoqué les connaissants en Dieu en disant qu’ils Lui vouent un culte avec les invocations (« awrad » pluriel de « wird ») et les actes d’adoration après qu’ils leur ont accordé du charisme. Al Junayd continue en disant : « L’adoration chez les connaissants est meilleure que les couronnes sur la tête des rois. »

Un homme ayant vu Al Junayd avec un chapelet à la main lui demanda : « Une personne aussi illustre que toi tient encore un chapelet ? » Junayd répondit « Oui, car c’est grâce à lui que nous sommes arrivés là où nous sommes, et je ne le délaisserai jamais. » La Loi (Shari’a) est une porte, la Voie « Haqiqa » est la pièce de la Présence. Le Très-Haut a dit : « Pénétrez dans les pièces par leurs portes. » On ne peut donc rentrer dans la pièce de la Vérité (Haqiqa) qu’en passant par la porte de la Loi (Shari’a).

Que Dieu récompense Sidi Abd Allah al Habti Az Zajli quand il dit dans ces vers.

« Un tiers réside dans la Loi (Shari’a). Car elle est une protection pour la guidée.

Sans elle, chaque porte est fermée. Celui qui veut essayer de passer autrement est renvoyé.

Dieu Le puissant, Magnifié soit-Il, l’a envoyé. Dans Sa grande générosité et bienfaisance à Sa communauté.

C’est la Voie de Adnane (un des noms du Prophète) pour accéder au Miséricordieux. Entouré de lumière et de contentement.

Béni soit-celui qui est venu pour l’exposer. Maudit est celui qui ne s’en sert pas.

Ô cheminant, si tu veux arriver à Celui pour qui tu t’es pris de passion.

Prends dans ta paume, Ô ami, la Loi du Prophète universel.

Celui qui s’attache à l’ensemble de la Loi aura la satisfaction. Et rejette tout ce qui s’y oppose (à la Loi).

Tu verras clairement les bienfaits purs se lever sur toi. Tu te détourneras d’autres que Lui et tu t’élèveras vers le Maître. »

Il dit aussi :

« C’est avec la Loi qu’on arrive aux bienfaits. Tels que La Rencontre (avec Dieu) après s’être coupé de tout autre que Lui.

Celui qui pense qu’il y a un bien en dehors d’elle (la Loi). Il est par Dieu un hors-la-loi insensé. »

Fin de citation

Je dis : « J’ai vu beaucoup de disciples négliger la Loi (Shari’a) sortir de la Voie et perdre la lumière de la Vérité. J’ai vu les autres qui ont beaucoup fréquenté les soufis ; ils ne manifestaient pas forcément la joie qui est celle des amoureux ni les signes des connaissances. Ils n’ont jamais cessé de préserver les règles instituées par la Loi. Notre maître Al Buzidi a dit : « Celui qui délaisse la Loi (Shari’a), sauf s’il est un Majdhoub (un fou de Dieu ayant perdu la raison), n’est qu’un grand vaurien. »

Je dis : « Par Dieu je ne vois de bien qu’en la Loi, et nous n’avons d’espoir qu’à travers elle, que Dieu nous accorde la bienséance envers elle jusqu’à la fin du monde et au jour du jugement Amine.

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