Iqad al-Himam : Sagesse 45

Publié le 28/03/2018 par L'équipe 0

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Une oeuvre qui naît d'un cœur ascète n'est jamais insignifiante, et une oeuvre qui naît d'un cœur plein de désir n'a point d'importance.

 

Je dis : l’ascèse est le détachement d’une chose, c’est se débarrasser avec froideur de l’amour que l’on porte à cette chose dans notre cœur. Chez les gens du Peuple (élite spirituelle soufie) cela revient à faire aversion de tout ce qui distrait de Dieu, et qui empêche d’être dans la présence divine. Cela concerne tout d’abord les biens matériels, et le signe que l’on s’en est détaché est que l’or n’ait pas plus d’importance que la terre, que l’argent et les pierres soient vus de la même manière, que la richesse et la pauvreté, l’obtention et le refus aient la même valeur. Après les biens matériels, cela concerne le prestige et le rang social, et le signe que cela ne nous importe plus est que les honneurs ou les humiliations, être célèbre ou occulté, être loué où subir des critiques, être rabaissé ou élevé, tout cela nous est égal. Dans un troisième temps cela concerne l’importance que l’on accorde aux stations spirituelles, aux miracles et aux faveurs spirituelles, et le signe que cela ne nous tiens plus à cœur est que l’espoir ou la crainte, la puissance ou la faiblesse, le resserrement ou la décontraction nous soient totalement identique, de sorte que l’on n’accorde pas plus de préférence à l’un qu’à l’autre car Dieu est présent dans un état comme dans l’autre.

Le détachement total de la création se fait par la contemplation du Créateur et de Son Ordre. Si l’aspirant réalise ces stations dans le détachement, ou la plupart d’entre elles, tous ses actes sont alors d’une importance majeure et significative auprès de Dieu, et ce même si extérieurement ses actes paraissent insignifiants aux yeux des gens. Voilà le sens des paroles prononcées par le Prophète, que les prières et salutations soient sur lui : « Un acte minime dans la Sounnah, est meilleur que de nombreux dans l’innovation. » Quelle innovation serait pire et plus vil que l’amour de ce bas-monde par le biais de son cœur et de son corps. Cet amour pour le monde d’ici-bas n’existait pas du temps du Prophète, que les prières et les salutations soient sur lui, ni du temps des compagnons. Ce jusqu’à ce que réapparaissent les nouveaux pharaons qui construisirent, édifièrent solidement, puis décorèrent somptueusement leurs demeures. Voilà la véritable innovation. Les œuvres de ces derniers avaient peu de sens, même si elles étaient nombreuses.

Il ne faut pas prendre en compter le mouvement des formes, mais la soumission, l’aspect humble et la conformité des âmes. L’adoration de l’ascète se fait par Dieu et pour Dieu, et l’adoration de celui qui est plein de désirs se fait par l’égo et pour l’égo. L’adoration de l’ascète persiste, alors que l’adoration de celui qui est plein de désirs est dénuée de sens et est éphémère. L’adoration de l’ascète est toujours liée à Dieu, alors que l’adoration du désireux est complétement coupée du lien divin. L’adoration de l’ascète se fait dans les mosquées en présence divine, et Dieu en a autorisé l’élévation. L’adoration de celui qui est plein de désir se fait dans les décharges d’immondices que Dieu à ordonner de rabaisser.

Ainsi certains ont dit : « L’adoration d’un riche attaché à sa fortune est semblable à celui qui prie sur un tas d’immondice ».

Existe-t-il quelconque comparaison entre l’adoration d’un ascète qui n’a pas d’importance dans le monde externe mais qui est d’une importance significative intérieurement, et l’adoration d’un homme empli de désir qui est abondante dans le monde externe mais insignifiante intérieurement ? Le seul exemple qui pourrait correspondre à cela est celui de deux hommes qui font un cadeau à un roi, l’un offre une petite pierre précieuse équivalent à 60 tonnes d’or, tandis que l’autre offre soixante belles boîtes vides. Le présent des belles boîtes vides courrouce le roi, en effet cela signifie qu’il n’est pas pris au sérieux, puisqu’en dépit de leur belle apparence les boîtes sont inutiles.

J’ai entendu notre maître dire : « Celui qui éprouve du désir et de l’attachement pour ce bas-monde est négligent, même s’il dit continuellement : « Allah ! Allah ! » car sa langue n’a pas d’importance si la personne perpétue son erreur. Celui qui est détaché de ce monde est constamment en train d’évoquer Dieu, même si sa langue évoque peu ». 

Je dis : C’est de cette manière que certains ont expliqué les dires du Très-Haut : « Et ils n’évoquent Allah que très peu » c’est-à-dire avec négligence et par intérêt, même s’ils évoquent abondamment en apparence.

Notre maître Ali, que Dieu ennoblisse sa face, a dit : « Soyez plus attaché et préoccupé par l’acceptation des œuvres vis-à-vis de Dieu, plutôt que de l’œuvre en elle-même. Aucune œuvre n’est insignifiante si elle est accompagnée de crainte révérencielle. Comment une œuvre acceptée par Dieu pourrait-elle être insignifiante ? »

Ibn Mas’oud a dit : « Deux prosternations d’une personne savante et détachée de ce bas-monde sont meilleures et préférable auprès de Dieu que les adorations de ceux qui sont attachés à l’effort de l’adoration jusqu’à la fin des temps ».

Certains prédécesseurs ont dit : « Les compagnons du Prophète, que la prière et les salutations soient sur lui, ne vous ont pas dépassé par de nombreuses prières et beaucoup de jeûne, mais simplement parce qu’ils étaient plus détachés de ce monde que vous ».

Il est relaté dans certains récits que notre maitre Jésus, que la paix soit sur lui, passa à côté d'un homme qui dormait près de gens qui s'adonnaient à l'adoration, voici leur dialogue :

Jésus, que la paix soit sur lui, lui demanda : « Lèves toi pour te livrer aux actes d’adoration avec les gens. »

 L’homme lui répondit : « Ô, Esprit de Dieu, je me suis déjà livré à des actes d’adoration. »

_ Et quels sont tes actes d’adorations ?

_ J’ai délaissé ce bas-monde et ses gens.

_ Oui tu as accompli ton adoration. » Lui dit alors le Prophète Jésus, que la paix soit sur lui.

Un homme a dit à Abi Al Hassan : « Comment cela se fait-il que je vois des gens t’accorder une grande importance alors que je ne t’ai pas vu faire de grandes œuvres ? »

Il lui répondit : « Par une seule Sounnah que Dieu a imposé à Son Prophète et à laquelle je me suis accroché.

_Et quelle est-elle ?

_Me détourner des gens comme toi et de votre bas-monde. »      

Le maître Zarrouq a dit : « Les ascètes bénéficient de trois privilèges qui proviennent de leur détachement. Le premier est la libération et le détachement des préoccupations et des tourments dans le cœur. Le second est la preuve d’un amour sincère envers Dieu, car l’ascète quitte le monde qu’il aime pour ce qu’il aime encore plus. Le prophète, que la paix et la prière de Dieu soit sur lui, a de cela dit : « L’aumône est une preuve de l’amour du serviteur pour son Seigneur ». Le troisième est une preuve de la connaissance de Dieu et de la confiance en Lui, en effet l’humain est généreux car il est confiant en Celui digne d’être adoré, et la privation est due à la mauvaise opinion qu’il a envers Dieu. »

Le bel aspect extérieur doit provenir du bel aspect intérieur.

Les bonnes œuvres externes, ainsi que la manière dont elles sont faîtes, qu’elle soit complète ou incomplète, est le résultat d’un bel interne et de bons aspects spirituels. Le maître en parle en disant : (sagesse suivante)

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