Iqad al-Himam : Sagesse 4

Publié le 19/11/2017 par Karim C 0

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Repose ton âme de sa gestion car un autre s'en charge.

Le « tadbir » en langue arabe signifie « s'occuper des tenants et des aboutissants des affaires de ce monde. » Dans le langage de la spiritualité le maître Zarruq l'explique en disant que le « tadbir » c'est « essayer de déterminer et gérer les choses espérées ou redoutées qui pourraient se produire, en essayant de prendre des décisions ou en déléguant ses responsabilités ». Si on essaye de déléguer nos responsabilités en nous en remettant à Dieu en vue de l'au-delà, l'intention est bonne. S’il s’agit d’assouvir un besoin naturel : c'est un appétit, si c'est pour la vie de ce bas monde : c'est un désir...

Le maître Zarrouq termine en disant que le « tadbir » est de trois sortes : le blâmable, le souhaitable, et l’autorisé.

 

Le « tadbir » blâmable est celui qui s'accompagne de détermination et de ténacité déplacées (malvenues/exagérées), même s’il s’agit de la religion car c’est là un manquement vis-à-vis de la bienséance. Il n’engendre que la fatigue. Si le Vivant, celui qui subsiste par Lui-Même ne se charge pas de toi, ce n'est certainement pas toi qui pourras le faire à Sa place.

La plupart du temps où tu essayes de faire preuve d’autogestion, les vents du décret divin ne le facilitent pas. Au contraire, cela ne t’apporte que du souci et de l’affliction. C’est pour cela qu’Ahmad Ibn Masrouq a dit : « Celui qui se décharge de la gestion de son âme trouve le repos. » Sahl Ibn Abdallah a dit : « Abandonne l’autogestion « tadbir » et le choix, car ils troublent les gens à propos de leur subsistance. » Le Prophète, que les prières et les salutations soient sur lui, a dit : « Dieu a mis l’aisance et la quiétude dans la certitude et le contentement. »

Le maître Abou Hassan Shadhili a dit : « Ne fais aucun choix en ce qui te concerne, choisis plutôt de ne pas choisir. Puis fuis le fait de ne pas choisir. Fuis ensuite toutes choses à l'exception de Dieu et « Ton Seigneur crée ce qu'Il veut, puis Il choisit (pour ce qu'il a créé). »

Le maître a aussi dit : « Si tu es obligé de gérer une situation, alors choisis de ne rien gérer et de ne rien déterminer. » Il a aussi dit que « celui qui ne se charge de rien, on s'en charge pour lui. »

Le maître de notre maître Sidi Ali a dit : « L'une des qualités du saint parfait et accompli, c'est qu'il ne ressent pas la nécessité d'être dans une autre situation, ou dans un autre état que celui dans lequel Dieu l'a mis à l'instant. » On peut dire d'une autre manière que chacune des volontés du saint parfait découle de Celui qui est à l'origine de la Puissance. Toutes les paroles prononcées par nos maîtres sont destinées à ceux qui essayent de régler leurs soucis, chacun selon les particularités de son ego. Celui qui remet son sort entre les mains de Dieu n'est pas concerné par ce que nous venons d'évoquer.

 

Le « tadbir » souhaitable est celui qui touche aux obligations religieuses et aux actes d'obéissances, tout en se remettant à la volonté et à la puissance divine. C'est ce que l'on appelle la bonne intention. Le Prophète, que la prière et les bénédictions soient sur lui, a dit : « L'intention du croyant est meilleure que ses actes » Il a rapporté aussi de Dieu, le Majestueux : « Si mon serviteur avait aspiré à faire une bonne action mais qu'il n'a pas pu la faire, Je lui inscris l'équivalent d'une bonne action. » Voilà comment il faut comprendre les paroles du maître : « ce dont un autre se charge. » Ces paroles ne concernent pas les actes d'obéissances, car pour les actes d’obéissances il n’y a pas de mal à en assumer la charge. C'est pour cela qu’Ibrahim Al Khawwas a dit : « Toute la connaissance se trouve dans deux affirmations. Ne t'occupes pas de ce qu'on t’a déjà accordé et qui te suffit amplement, et ne gaspille pas ce qui t'es nécessaire. » La première affirmation concerne le « tadbir » blâmable, la seconde le « tadbir » souhaitable.

Le maître Abou Hassan Ashadhili a dit : « Tous les choix qui sont conformes à la Loi (Shari'a) ainsi que les moyens mis en œuvre pour les mettre en place, ne sont, en réalités, pas les tiens. En aucun cas. » En effet ce sont des choix que Dieu a fait pour toi. Tu n'as qu’à écouter et obéir. C'est le domaine de la jurisprudence divine et de la connaissance du dévoilement. C'est la terre sur laquelle Dieu fait descendre la connaissance de la Réalité Divine (al Haqiqa). Cette connaissance est acquise par ceux qui en ont les aptitudes. Être apte signifie être mature, saint d'esprit, et avoir une connaissance complète. La Loi et la Réalité Divine sont en parfaite harmonie et en parfait équilibre. Mais il n’est pas souhaitable que la connaissance amène à une abondance de parole de la part du cheminant au point de l’en distraire de Dieu.

 

Le « tabdir » autorisé est appliqué lorsqu’il s’agit de remédier à ses besoins naturels et mondains, tout en se remettant à la Volonté Divine et à ce qui émane de Son décret.

C'est ici que l'on doit se référer au Prophète, que la prière et les salutations soient sur lui, quand il dit : « Le « tadbir » est la moitié de la subsistance. » Sans toutefois faire preuve d’acharnement. La part de ce qui t’es autorisé est comme un bienfait qui pénètre dans le cœur par un chemin et qui en ressort par un autre. Voilà comment gérer les choses d'une manière divine, à la manière des connaissants et de ceux qui se sont réalisés spirituellement. C'est là le signe que tout tourne autour de Dieu. Si la Puissance divine s'oppose à ce que l'on avait projeté de faire, on n'éprouve pas un sentiment d'oppression, ou d'affliction. Conforme-toi plutôt aux vers du poète :

« Soumet-toi à la paix et suis-là ou qu'elle aille. Suis les vents du destin et tourne là où ils tournent. »

Dans l'œuvre « Tanwir » il est dit : « Sache que les choses sont soit louables soit condamnables, cela dépend à quoi elles te mènent. Le « tadbir » blâmable te détourne de Dieu et t'empêche d'œuvrer au service de Dieu, et porte préjudice à la relation que tu entretiens avec Lui. Le « tabdir » louable est celui qui te mène à la proximité de Dieu, qui te fait accéder à Son agrément. »

Pour le reste des propos du maître concernant le « tadbir », reporte-toi à l'excellent livre intitulé « l'abandon de la volonté propre. » Quant à moi j'ai traité le sujet avec des citations et des explications concernant le sujet du « tadbir ».

Et Dieu le très-haut est savant.

 

Le livre « Tanwir » a été revu par le Saint parfait Sidi Yaqout al Arishi qui a dit à son auteur : « Tout ce qui a été énoncé dans ton livre se trouve résumé dans ces deux vers :

« N'advient que ce qu'Il veut.
Délaisse tes inquiétudes et retire-toi
Abandonne tes préoccupations.
Tu trouveras le repos. » »

Le troisième signe c'est rechercher avec insistance et négliger ce qui est demandé. Se préoccuper des tenants et des aboutissants des affaires de ce monde et dans leur choix est un signe que la vision spirituelle est troublée. Abandonner ses préoccupations, ou agir par Dieu est un signe de l'ouverture de ta vision spirituelle.

L'auteur des Sagesses (hikams) évoque l'ouverture ou le trouble de la vision spirituelle au travers de cette sagesse très célèbre :

 

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